Portraits des guerrières japonaises

Portraits des guerrières japonaises

Les femmes guerrières au Japon 


L'imaginaire des samouraïs est majoritairement masculin. Et pourtant des figures féminines d'exception peuplent l'histoire du Japon, et certaines sont devenues des légendes. 
Ces femmes de la classe des samouraïs, les onna-musha, ou femmes guerrières, n'étaient pas si rares. Épouses de seigneurs, elles recevaient une formation aux armes, notamment au naginata (la hallebarde japonaise), et pouvaient être amenées à défendre leur foyer en cas d'attaque. Leur rôle, souvent marginalisé, ou oublié est resté vivace grâce à de rares figures entrées dans la légende comme Tomoe Gozen, guerrière du XIIe siècle qui combattit aux côtés de Yoshinaka Minamoto pendant la guerre de Genpei. Les chroniques la décrivent comme une combattante exceptionnelle à cheval, archère de premier plan, dont la bravoure n'avait rien à envier à celle des hommes. 
C'est dans Le Heike Monogatari, grande épopée guerrière du XIIe siècle qui relate la guerre de Genpei, que quelques pages lui sont consacrées : « Tomoe était très belle, avec sa peau blanche et ses longs cheveux. C’était une guerrière intrépide, que ni le cheval le plus farouche ni le terrain le plus accidenté ne pouvaient déconcerter. Elle maniait le sabre et l’arc avec une habileté que mille guerriers ordinaires n’auraient pu égaler. » Née vers 1157, issue d’une famille de petite noblesse guerrière liée aux Minamoto, elle grandit dans un milieu où l’équitation et le tir à l’arc faisaient partie de l’éducation. Mais Tomoe dépassa de loin ce que l’on attendait d’une fille de guerrier : elle devint une cavalière accomplie, et une adversaire redoutable. 
Elle combattit aux côtés de Minamoto no Yoshinaka, son mari ou amant selon les sources, général du clan Minamoto pendant la guerre de Genpei. Elle s'illustre durant la bataille d'Awazu où Yoshinaka perdra la vie. Sa fin varie selon les récits et les histoires, morte au combat ou devenue nonne bouddhiste, en tous cas son nom est resté célèbre et on retrouve ses exploits illustrés dans de nombreuses estampes.

 

 


Plusieurs siècles plus tard, une autre figure féminine, Nakano Takeko va aussi laisser son empreinte. Elle naît en 1847 à Edo dans une famille de samouraïs du domaine d’Aizu, région connue pour son attachement au shogunat. Formée dès l’enfance à la calligraphie, à la poésie et aux arts martiaux, elle devient maîtresse de naginata à seize ans, avant d’enseigner elle-même le combat. Une femme lettrée et guerrière, à l’image de l’idéal du samouraï. C'est lors de la guerre de Boshin en 1868, qui suivit la restauration Meiji, qu'elle accomplit des exploits qui restent dans les mémoires jusqu'à aujourd'hui. A 21 ans, elle organise et commande le Joshitai, l'armée des femmes, pour combattre au côté des forces restées fidèles au shogunat contre les partisans de la restauration. Lors d'une des dernières batailles, elle charge avec son seul naginata les troupes ennemies armées de fusil ; touchée mortellement d'une balle en pleine poitrine, on dit qu'elle aurait demandé à sa soeur de lui couper la tête pour qu’elle ne tombe pas en trophée entre les mains adverses. Sa tête fut transportée au temple Hōkaiji et enterrée sous un pin. 

Aujourd’hui encore, chaque automne à Aizu, un groupe de jeunes filles vêtues de hakama (pantalon traditionnel porté par les samouraïs) et de bandeaux blancs défile en sa mémoire lors du festival annuel de la ville. Nakano Takeko reste le symbole d’une tradition d'héroïnes guerrières.
 

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