Hannya dévorant un enfant, Takeda Ikumaru
Estampe Japonaise de Takeda Ikumaru, Hannya dévorant un enfant
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Technique : Gravure sur bois japonaise
Dimensions : Format oban 26 x 37 cm environ
État : Bon état général, papier ancien comportant des marques du temps
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Dans un cimetière silencieux, les stèles funéraires dressées autour d’un sol de pierre, se joue une scène d’horreur : une femme avec cornes — une Hannya — mord un enfant nu, sa bouche entrouverte révélant la morsure menaçante. À droite, un homme en kimono vert recule, frappé de stupeur, tandis qu’un moine surgit derrière, prêt à agir. Le contraste entre la beauté ancienne du lieu funéraire et ce geste cannibalique crée une atmosphère lourde, mystique et macabre.
Takeda Inumaru déploie ici toute sa maîtrise narrative : la composition en diagonale, avec la Hannya à gauche et les autres personnages se déplaçant vers la droite, guide notre regard dans ce violent instant. Le kimono raffiné de la femme, paré de motifs floraux, contraste avec la pierre brute du cimetière, renforçant l’impression d’un monde familier envahi par le surnaturel. Le visage impassible de la Hannya, ses cornes élancées et le geste précis de la morsure témoignent d’un équilibre artistique entre l’horreur et la beauté formelle.
Le cadre du cimetière accentue la dimension rituelle et symbolique de la scène : les morts entourent et observent cette transgression des liens maternels et sacrés. Le motif de la femme-démon, inspiré du théâtre Nō et du folklore, prend ici une dimension plus sombre, presque funéraire : une femme consumée par des émotions si intenses qu’elles la mènent à commettre un acte d’effroi sur un être innocent, au cœur d’un lieu consacré à la mémoire des morts.
La légende de Hannya ou d’une femme démon dévorant les enfants à la tombée de la nuit se rependit à la fin de l’ère Edo. En fonction des représentations son visage est plus ou moins monstrueux comme ici. Ses cornes sont grandes et pointues et sa bouche plus grande. Elle garde néanmoins les traits et attributs d’une jeune femme de par son kimono et le ruban rouge dans ses cheveux.
Datée de 1867, cette estampe, intitulée The Story of the Demons – Single Bite, est un témoignage puissant de l’ukiyo-e tardif, où l’exploration de l’étrange, du macabre et du grotesque atteint une tension dramatique hors du commun. Takeda Ikumaru, artiste singulier de cette période, signe ici une œuvre captivante, d’une puissance visuelle et narrative marquante.
Edition 1867
Takeda Ikumaru aussi connu sous les noms de Ikkosai ou Shôkarou était un artiste ukiyo‑e actif dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, notamment durant la période Edo‑Meiji (ca 1862-1878). Ni sa date de naissance, ni sa date de décès ne sont précisément connues. Il a été l’élève d’Utagawa Yoshiiku, lui-même disciple d’Utagawa Kuniyoshi et figure notable de l’ukiyo‑e pour ses gravures satiriques et narratives. Cette filiation artistique suggère une transmission des thèmes théâtraux, fantastiques et tragiques que l’on retrouve chez Ikumaru.
Takeda Ikumaru s’est fait connaître par ses scènes dramatiques et macabres, intégrant des récits folkloriques, des légendes et des figures démoniaques typiques du théâtre Nō et du kabuki. Son œuvre emblématique – la femme‑démon Hannya dévorant un enfant dans un cimetière – en est un parfait exemple, alliant narration forte, élément surnaturel et composition expressive.
Son œuvre figure dans la collection du Museum of Fine Arts de Boston, attestant de sa reconnaissance internationale. Cette présence dans une institution aussi prestigieuse souligne l’intérêt des spécialistes et des collectionneurs pour son œuvre tardive et singulière de l’ukiyo‑e.

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