Ukiyo-e, les images du monde flottant

Estampes Japonaises japanese print ukiyo-e

Se plonger dans l’art de l’estampe japonaise, c’est découvrir toute une culture, celle de l’ukiyo-e ou « image du monde flottant », qui va se développer au Japon dès la fin du XVIIe siècle. Un art urbain et populaire porté par les poètes, les peintres, et les graveurs, alors que le pays, par décision du Shogun, se fermait sur lui même dans un isolationnisme quasi complet durant presque deux siècles.

C’est le monde en mouvement des villes et des marchands, nouvelle classe sociale en essor, que les artistes ne vont cesser de représenter, s’attachant à décrire l'instant présent : les plaisirs du quotidien, le quartier des courtisanes et la beauté des femmes, le théâtre kabuki et ses acteurs célèbres, le quotidien des gens des villes et des campagnes, la nature et les paysages sans oublier l’art de l’érotisme (les « shungas » et les estampes de l’oreiller). C'est l'impermanence de la vie que ces artistes tenteront sans cesse de dépeindre.

Art unique où la singularité des artistes et la virtuosité des artisans, graveurs et imprimeurs vont s’épanouir, en particulier dans les grandes villes comme Edo (ancienne Tokyo), Kyoto ou Osaka, jusqu’à des niveaux de prouesses techniques rarement atteints dans la gravure. (Les estampes japonaises sont de la gravure sur bois).

Les artistes, peintres, poètes, graveurs qui vont participer à l’éclosion de ce mouvement d’une grande liberté dans une société pourtant cadenassée vont créer et laisser pour longtemps, une manière singulière au Japon, de regarder le monde et de le transcrire en images. Les historiens de l’art arrête l’ukiyo-e à la fin de l’ère Edo, soit en 1868, mais la tradition de l’estampe va perdurer au delà, à l’ère Meiji, puis au XXe siècle où des artistes vont continuer de s’inspirer des anciens et produire des images qui disent le moment présent. Ainsi, dans les années 1920, un mouvement important appelé Shin-Hanga, porté par quelques éditeurs, relancera l'art de l'estampe avec brio. 

A la fin du XIXe siècle, des Arts décoratifs à L’Art Nouveau, on retrouvera en Europe l’influence de la culture japonaise qui suscitera un véritable engouement. De très nombreuses estampes et livres illustrés allaient circuler alors que le Japon s’ouvrait à nouveau aux étrangers (l’exposition universelle de Paris en 1867 qui présente un pavillon japonais, correspond, à quelques mois près, au début de l’ère Meiji en 1868 et à l’ouverture du Japon).

C’est l’habileté à dépeindre le réel et l’instant présent à travers de multiples métaphores, la représentation de l’homme dans la nature, la subtilité des traits et la spécificité des compositions qui vont fasciner les peintres occidentaux. En premier lieu, les impressionnistes (Monet, Degas, Van Gogh et bien d’autres), vont être inspirés par ce regard nouveau sur le réel. Ils seront également de grands collectionneurs, comme on peut le voir dans la maison de Claude Monet à Giverny où ses estampes sont toujours visibles.

Mais laissons le dernier mot aux poètes ...

En effet le terme "ukiyo" apparaît pour la première fois dans son sens actuel dans Les Contes du monde flottant, œuvre de Asai Ryoi, paru vers 1665, où il écrit :

« Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d'érable... ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c'est ce qui s'appelle ukiyo.»

Voir les estampes Ukiyo-e

Illustration : Hiroshige (1797-1858), Soir neigeux au Mont Hira, série : les huit vues d'Omi . (edition : circa 1834)



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